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article publié le 2 Juillet 2008

Ex-Clem. Cadeau empoisonné pour les Anglais

La marine a annoncé, hier, sa décision de confier l'ex-porte-avions Clemenceau à un chantier du nord-est de l'Angleterre (Able Uk). Un site qui vient d'obtenir son agrément sur le fil.


Choisi pour déconstruire l'ex-fleuron de la Marine française, le chantier d'Hartlepool était, jusqu'à jeudi dernier, littéralement en panne sèche, dans l'impossibilité administrative de démanteler quatre navires de l'US Navy arrivés en 2003. Secoué par de virulentes associations écologistes locales, desservi par une inexpérience évidente en termes de démantèlement de navire, le site précédemment spécialisé dans la construction de plateformes pétrolières a remporté ce très disputé appel d'offres européen.


La pression est montée


La pression est montée d'un cran dans la région de Newcastle. Les journaux locaux ont aussitôt rouvert le feuilleton des « Ghost ships », ces bateaux fantômes oubliés depuis cinq ans au fond du vaste et « idéal » chantier de démolition. Et pour cause ! En quelques semaines, Able UK s'est vu accorder une autorisation exceptionnelle d'importer un navire contenant 700 t d'amiante, et a fini par obtenir sa « waste management licence ». Après plus de cinq ans d'attente, le chantier va enfin pouvoir attaquer la démolition des premiers navires américains au tonnage se rapprochant de celui du Colbert ou de la Jeanne d'Arc.


Pénalités dans l'air


« Il semble qu'Able soit tenu de respecter la date du 15 juillet 2008 pour honorer ce premier contrat », commentait, la semaine dernière, l'un des quatre industriels recalés. En cas de retard, de fortes pénalités pourraient être demandées par la Marine américaine. Les spécialistes les plus pointus sur le sujet estiment d'ailleurs que le colossal travail de découpe d'un Clemenceau bourré d'amiante devrait largement meubler les trois années prévues dans le contrat. Mais comment traiter les quatre navires amé


ricains et le mastodonte français de 25.000 tonnes dans le délai imparti ? Le très entreprenant Peter Stephenson répond que son chantier peut parfaitement mener ces différentes opérations de front. Encore faut-il achever les importants travaux d'aménagement de la cale sèche et du quai de 350 m (peut-être en fin d'année). De son côté, l'association écologiste Robin des bois se félicite de la décision de la Marine : « Le site est vaste, bien équipé et connu pour la qualité de son réseau industriel ».


Quatre fois mois cher


Si la Marine française n'a pas privilégié l'expérience professionnelle, le prix a sans doute été déterminant. La proposition d'Able se situerait autour de 11 millions d'euros, soit quatre fois moins que celles des quatre autres candidats tablant sur un coût de traitement du navire (avant valorisation du métal revendu) d'une quarantaine de millions d'euros. Difficile d'expliquer le fossé. Bercy s'est posé moins de questions. Le challenge est énorme pour le chantier aux « bateaux fantômes ».

Stéphane Jézéquel - Le Télégramme