À l'aune d'un premier semestre jugé « satisfaisant », Jean-Marc Lacave, le directeur général du port autonome du Havre, revient sur le démarrage de Port 2000 et sur ses développements à venir.
Comment analysez-vous les 6,9 % de croissance du trafic (39 millions de tonnes) affichés au premier semestre 2007 ?C'est un chiffre qui nous situe à un niveau de progression record par rapport à nos principaux concurrents. C'est tout simplement la consécration de Port 2000 qui, après la période difficile que nous avons connue en 2004 et 2005, a libéré les capacités du port. Les incertitudes qui pesaient en termes d'organisation ou encore de manutention sont levées. Tout cela est derrière nous.
Peut-on dire que la confiance des opérateurs portuaires est revenue ?Les trafics sont revenus notamment grâce à l'action combinée de deux armateurs, MSC et CMA-CGM. Pour le premier, installé derrière l'écluse François I e r et donc pas sur Port 2000, il s'agit d'une volonté de trouver en Europe un autre lieu qu'Anvers pour compléter son offre. Ils sont liés avec le PAH par une convention de terminal avec des engagements de volumes. CMA-CGM, avec ses partenaires, joue également un rôle moteur depuis avril 2006. Globalement, la croissance est présente aujourd'hui sur les terminaux existants comme sur Port 2000 pour cause de décongestion générale ; les espaces laissés libres sont de nouveau occupés.
Port 2000 entame sa deuxième phase. A quelle échéance pourra démarrer l'exploitation des nouvelles installations ?Entre septembre 2009 et le printemps 2010 le PAH livrera six nouveaux postes à quai. Ensuite, il faut compter un an pour que les opérateurs réalisent les équipements nécessaires à l'exploitation. Celle-ci devrait donc démarrer en 2011. Nous aurons alors dix postes à quai, répartis sur trois grands terminaux exploités par TPO, MSC et Terminaux de Normandie. Nous sommes même aujourd'hui dans une phase d'étude pour la réalisation d'un onzième et d'un douzième poste à quai qui devraient voir le jour en 2012.
Ces investissements répondent-ils à des besoins déjà perceptibles ou sont-ils une manière d'anticiper la croissance du trafic mondial ?Nous réalisons des études sur la progression du trafic. Mais il faut rester prudent et ne pas anticiper une conjoncture trop favorable. Les investissements que nous réalisons doivent êtres rentabilisés. Pour mettre au point notre calendrier, nous avons pris en compte des perspectives raisonnables de croissance du trafic entre l'Asie et l'Europe, comprises entre 7 % et 9 % sur les dix prochaines années.
Quelle carte peut jouer le PAH dans ce mouvement de croissance mondiale ?L'augmentation du trafic Asie-Europe est un moteur fort de la croissance portuaire du Havre. La redistribution en Europe de l'Ouest est plus importante et fait augmenter corrélativement les trafics intra-européens. Tout le monde en bénéficie. Notre hinterland est plus profond, en partie grâce au trafic ferroviaire qui reprend des couleurs, même s'il reste inférieur à ce qu'il était il y a dix ans. Les barges contribuent également à ce développement. Le Havre alimente par ce biais la région parisienne.
Pour l'avenir, ne craignez-vous pas que le projet de canal Seine-Nord-Europe ne se fasse au détriment des acteurs normands de la logistique ?Le premier réflexe est d'avoir des doutes. Ensuite, on ne peut pas à la fois s'afficher comme un port qui veut jouer dans le concert européen et vouloir protéger son marché. Il faut voir cela comme une opportunité d'aller conquérir des marchés. À nous d'être bons.