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article publié le 11 Septembre 2007

Mini-Transat . Souvenirs de pionniers

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La Mini est une vraie mine d'histoires et elle fourmille d'anecdotes parfois assez drôles comme celle de Laurent Bourgnon qui, par obsession de la légèreté, avait passé par-dessus bord vêtements, instructions de course, mais aussi ses papiers et par mégarde son argent liquide. Ceux qui ont effectué ce grand saut sur l'Atlantique en gardent des souvenirs indélébiles. Nous avons demandé à des marins aujourd'hui connus Jean-Luc Van den Heede, Loïck Peyron d'évoquer leur Mini-Transat. Demain, ce sera au tour de Roland Jourdain et Jacques Caraës.

JEAN-LUC VAN DEN HEEDE (1977 et 1979).


VDH a fait partie des pionniers de la Mini, avant d'être de la première cordée du premier Vendée Globe en 1989. Il a terminé quatrième de la première édition, remportée par le regretté Daniel Gilard en 1977 et pris la seconde place en 1979 derrière l'Américain Norton Smith intouchable avec son proto à ballasts, « American Express » qui avait traversé en 20 jours et 6 heures. « A l'époque, on était hors la loi (1). La première édition, les Affaires maritimes n'y ont trop rien vu. Pour la seconde, ils avaient des instructions : on a rejoint Penzance en filant à l'anglaise de Lorient. Cette course, c'était un peu comme le premier Vendée, on ne savait pas trop sur quel type de bateau partir. C'était à l'ancienne, au sextant, et on n'avait pas de pilote automatique. Juste un régulateur d'allure. On était limité à cinq voiles tourmentin compris. Au sextant, tu avais toujours un peu l'angoisse d'avoir fait un mauvais point. Le plus grandiose c'était l'inconnue totale du classement. Tu arrivais de l'autre côté et ta première inquiétude, c'était de savoir combien de copains étaient arrivés avant toi. Personnellement, mon plus gros stress, c'était la place. Il y avait aussi le danger car on ne savait pas trop où on mettait les pieds. Nous n'étions pas fiers, comme dans le premier Vendée Globe où certains disaient que peut être aucun de nous ne reviendrait ».

LOÏCK PEYRON (1979).


« C'était l'aventure avec un grand A. A l'époque, il n'y avait rien d'autre quand on avait 19 piges et pas de sous. Bruno l'avait faite en 77, je m'y suis lancé en 79 avec un vieux bateau, loué avec de petites économies. C'était un autre style de navigation au sextant, et à la lampe à huile. Vraiment une autre époque mais qu'il est utile d'avoir connue. La course n'a été que galère sur galère. Je me suis mis au plein sur les cailloux, échoué aux Canaries où j'ai été heureusement assisté. Toute une histoire... Avec le recul, on découvre à quel point on était inconscient. Mais en même temps, on assumait la part de risques. On partait les poches percées. Je me souviens qu'un préposé des PTT m'avait rançonné le peu de sous qui me restaient pour le certificat de téléphoniste restreint. Résultat, je n'avais plus une tune pour acheter la bouffe et des bottes. Les copains m'ont nourri et j'ai traversé en baskets sur un voilier de 6,50 m. Pas forcément malin mais quel bonheur d'arriver de l'autre côté et de découvrir les cocotiers de cette façon. C'est mieux qu'avec FRAM !! (ndlr : il a terminé 26 e ). La classe Mini a toujours été d'une grande créativité. Il y a eu beaucoup de choses inventées sur ces bateaux et à moindre prix. Elle a toujours autant de succès. C'est vraiment dans l'air du temps et il y a toujours de plus en plus de candidats. C'est sympathique. A côté de ceux qui sont aguerris, d'autres se lancent dans l'histoire, la fleur au fusil en se disant qu'on a les moyens de venir les chercher. Tant mieux d'ailleurs que ces moyens existent mais certains ont tendance à appuyer un peu vite sur le bouton... »


(1) La réglementation maritime interdit alors aux bateaux de 6,50 m homologués en troisième catégorie de navigation de s'éloigner à plus de 100 milles d'un abri. D'où la séduction de cette course anglaise sur les marins français même si un navire naviigue sous la réglementation de son pavillon.
Gilbert Dréan, photos Eugène Le Droff. Le Télégramme