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article publié le 16 Mai 2008

Transat anglaise « Foncia » percute une baleine

Une rencontre avec une baleine a endommagé « Foncia » et contraint Michel Desjoyeaux à jeter l'éponge dans l'Artemis Transat. Sinon, la situation est compliquée sur l'Atlantique Nord où Sébastien Josse mène, talonné par Loïck Peyron.

C'est un Michel Desjoyeaux très abattu qui a raconté sa mésaventure lors d'une vacation spéciale sur le coup de 19 h, hier. « J'étais au près bon plein à 10-11 noeuds, cap à l'ouest. J'étais à l'intérieur du bateau quand j'ai entendu un bruit, comme un écrasement du carbone. C'est la dérive sous le vent qui a tapé un obstacle. Quand je suis sorti, j'ai vu un aileron de baleine ou de cachalot qui gigotait dans l'eau... La dérive tribord est certainement cassée à l'encastrement. Je l'ai remontée d'un mètre dans le puits mais je n'ai pas pu aller plus loin. Le bord d'attaque est bien abîmé. Elle va traîner dans l'eau au vent et cela constitue un sacré frein. Le puits est abîmé mais il n'y a pas de voie d'eau ».

« Mon premier abandon »


Dans ces conditions, l'abandon était inéluctable dans cette course qui désormais va se dérouler principalement au près jusqu'à Boston : « Je ne vois pas bien l'intérêt d'aller au bout avec un bateau qui n'est pas à son plein potentiel. Il n'y a pas d'intérêt à continuer sans pouvoir me comparer en vitesse ». A 18 h, Desjoyeaux s'est donc résigné à faire demi-tour pour rejoindre la Bretagne. La mort dans l'âme car c'est la première fois que le roi du solitaire, vainqueur de cette Transat anglaise il y a quatre ans en trimaran, quitte une course au large. « Oui, c'est mon premier abandon dans une transat. Je suis vraiment très déçu et abattu. Quand on prend un départ, c'est pour aller jusqu'à la ligne de l'autre côté. Et si je n'ai pas toujours été inspiré dans mes choix de route, la bagarre était passionnante et pas terminée ».

Casse-tête météo


Cette fortune de mer de Desjoyeaux a un peu relégué au second plan la bataille qui se joue dans des vents légers, voire erratiques et tient parfois de la loterie. L'atmosphère est ouatée et la situation compliquée sur l'Atlantique Nord. C'est un cloaque météorologique et un sacré casse-tête pour les solitaires. Une première dorsale dans leur sillage avec plus ou moins de réussite pour certains (Le Cléac'h), de nouveaux calmes devaient barrer leur route les prochaines heures. Le leader Sébastien Josse, très ralenti, en ressentait d'ailleurs déjà les effets hier en fin d'après midi et Loïck Peyron (« Gitana Eighty ») était revenu à 7 milles de son tableau arrière. Pour s'extirper de ces pièges devant leurs étraves, les concurrents multiplient les manoeuvres et règlent en permanence. « La nuit dernière, je n'ai pas arrêté de faire des empannages. Une dizaine je crois car le vent tournait de 60° en quelques secondes... Là, c'est tempête de blanc sur le plan d'eau. Ça commence à mollir doucement mais ce n'est rien par rapport à ce qu'il y a devant. La soirée va une nouvelle fois être compliquée ! », lâchait Loïck Peyron, pas trop malheureux hier en fin d'après-midi. Mais avec ces risées anémiques sur l'Atlantique, personne n'était à l'abri de s'enliser.

Pointage, hier à 20 h


Monocoques IMOCA :
1. BT (Sébastien Josse) à 1.844,9 milles de Boston ;
2. Gitana Eighty (L. Peyron) à 7 milles cu premier ;
3. Generali (Y. Eliès) à 9 m ;
4. PRB (V. Riou) à 18 m ;
5. Brit Air (A. Le Cléac'h) à 61 m ;
6. Roxy (S. Davies) à 148 m ;
7. Cervin EnR (Y. Bestaven) à 190 m ;
9. Safran (M. Guillemot) à 191 m ;
10. Akena Vérandas (E. Boissières) à 195 m ;
11. Spirit of Weymouth (S. White) à 253 m ;
12. Aviva (D. Caffari) à 258 m ;
13. Pakea Bizkaia 2009 (U. Basurko) à 276 m.

Class 40 :
1. Telecom Italia (Giovanni Soldini à 2.116,4 milles de Boston ;
2. Beluga Racer (B. Herrman) à 17 milles du premier ;
3. Appart' City (Y. Noblet) à 26 m ;
4. Mistral Loisirs - Pole Santé (T. Bouchard) à 26 m ;
5. 40 Degrees (M. Merron) à 27 m.


Positions. Black-out de 36 heures

Vendredi à 18 h TU (20 h, heure française), marins et grand public prendront connaissance des dernières positions de la flotte de la Transat anglaise avant une journée et demie de trou noir complet. Les organisateurs de l' Artemis Transat innovent en instaurant un black-out de positions de 36 heures. L'objectif est d'ouvrir le champ tactique à un moment crucial de la traversée de l'Atlantique pour briser le contrôle des concurrents. Les vacations quotidiennes auront lieu mais aucun classement ni position ne seront diffusés pendant ces 36 heures. Ce qui ajoutera un peu d'incertitude et renouera aussi avec l'esprit originel de cette transat et des courses au large qui ont changé avec le positionnement des bateaux par Argos à partir de 1979 (Transat Lorient - Les Bermudes). Dimanche matin, au premier pointage du jour, (8 h, heure française), on découvrira la nouvelle hiérarchie et surtout les choix de routes des uns et des autres pour le sprint final vers Boston. Cette initiative est plutôt bien accueillie par les concurrents qui en avaient été informés avant le départ de Plymouth dimanche dernier. « Je trouve que c'est une très bonne chose, je serais même pour un black-out de 15 jours à vrai dire (rires) ! Les dernières données (positions, caps et vitesses) seront très importantes, car elles seront notre dernier lien avec nos petits camarades. J'aime beaucoup cette notion que tout sera possible », commentait Loïck Peyron. 
Gilbert Dréan - Le Télégramme